"Alors que s'effondre l'idée d'une identité du sujet à portée universelle — nationale, politique, familiale ou autre —, nous cherchons désespérément un appui sur quelque chose qui nous appartienne en propre, sans aucune contestation possible. Or, le corps semble répondre à cette exigence contemporaine : habeas corpus. De croire que nous l'avons, nous en venons même à imaginer que nous le sommes : nous sommes cette image que nous renvoie le miroir, flatteuse ou désespérante, jamais indifférente. Nous sommes aussi ces images, pourtant opaques, de l'intérieur de notre corps, qui soutiennent le verdict des médecins et qui nous « disent » si nous allons vivre ou mourir. Ainsi nous identifions nous à diverses images de notre corps.
Or, la psychanalyse montre que cette évidence a un fondement clinique : le stade du miroir, inventé par Lacan en 1936. L'enfant encore titubant s'identifie en jubilant à l'image de maîtrise que lui renvoie le miroir et que sa mère — ou quelque autre adulte — reconnaît comme sa personne : « oui, c'est toi ». Mais, devant cette image, l'enfant se sent aussi en défaut parce qu'il ne coïncide pas avec ce qu'on attend de lui, avec les idéaux de ses parents ou de son milieu. D'où la recherche passionnée, sa vie durant, de tout ce qui pourrait « améliorer » cette image et la rendre désirable. Disant ce mot, nous sentons bien qu'un tel « mieux » ne saurait exister en-soi, qu'il est relatif à une société, à une époque, à des modes."
7e Colloque de l'A.l.e.p.h.
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Posted on Friday, 01 February 2008 at 9:13 AM
Edited on Saturday, 02 February 2008 at 5:13 AM